Voeux de la CNL au Président de la République : cap sur une politique sociale du logement

Publié le par CNL-Nanterre

27/01/2016 à 17:33

Monsieur le Président de la République,

Il y a un peu plus d’un an, la République souffrait de la perte de dix-sept de ses citoyens, journalistes, caricaturistes, policiers ou anonymes, assassinés avec barbarie. Dix mois plus tard, le 13 novembre, le cauchemar recommençait avec le massacre de cent trente de nos compatriotes. C’est le bilan le plus lourd jamais établi pour un attentat perpétré sur le sol français. L’objectif que poursuivent les terroristes à travers ces actes ignobles est de pousser la République dans la peur et dans la division, de souffler sur les braises de la haine et du racisme, de nous enfermer dans un climat de suspicion et de guerre. Pour sa part, l’ensemble de la Confédération Nationale du Logement formule pour 2016 des vœux de solidarité et de paix.

Cependant, il ne suffit pas de formuler des vœux, il faut aussi, par son action quotidienne, contribuer à leur réalisation. La paix, comme la cohésion sociale, ne se décrètent pas mais se construisent. Modestement, discrètement, concrètement, la CNL y travaille à travers son réseau d’amicales permettant les rencontres entre voisins, en incitant les habitants à l’union dans leurs revendications et à la solidarité dans les épreuves qu’ils rencontrent dans leur vie quotidienne. Notre rôle d’éducation populaire, que nous concevons comme l’éducation pour le peuple et par le peuple, n’a jamais été aussi essentiel.

Après les attentats des 7 et 9 janvier 2015, vous et votre gouvernement avez pointé à juste titre le sentiment d’une partie de la société française d’être délaissé, considéré comme des citoyens de seconde zone. Ce sentiment, ou devrais-je dire, cette réalité, nourrit autant les fanatiques religieux que l’extrême droite. A la CNL, nous avons constaté une perte de perspectives économiques et de solidarité nationale pour une part importante de la société française. Ce sont des problèmes de fond auxquels il convient de remédier.

Trop souvent, nous avons l’impression que la France ne va pas dans le bon sens. Dans le domaine du logement, lorsque nous voyons les aides au logement social se réduire à leur plus bas niveau, les aides personnelles au logement constamment remises en cause, l’encadrement des loyers appliqué a minima, la garantie universelle des loyers abandonnée, nous ne pouvons que constater que notre pays fait fausse route. Alors que plus de 1,7 million des ménages sont en attente d’un logement social, que le mal logement touche plusieurs millions de personnes et que les loyers privés sont insupportables pour un nombre croissant de citoyens, rien ne semble être fait contre la pénurie de logements. Cet état de pénurie et la priorité donnée aux mécanismes de marché entretiennent un climat de concurrence et de méfiance entre les citoyens qui écorne le vivre ensemble que vous appelez de vos vœux. Si le logement est un droit, nous vous demandons de prendre le cap de la construction d’un ambitieux service public du logement. Il est temps que ce droit soit garanti dans notre pays pour toutes et tous. Notre expérience de terrain dans ce domaine nous conduit à vous formuler plusieurs propositions allant dans ce sens. Tout d’abord, il faut lancer un grand plan d’urgence pour la construction et la réhabilitation de logements sociaux. Cela doit passer par un engagement fort de l’Etat en matière d’aides à la pierre mais également dans les budgets de l’Agence Nationale de l’Habitat (Anah) et l’Agence Nationale de Rénovation Urbaine (ANRU). L’argent pour cela est disponible. En effet, les niches fiscales pour l’investissement locatif représentent un total de 1,8 milliard d’euros dans le budget de l’Etat. Elles nourrissent la spéculation, l’augmentation des prix mais sont inefficaces pour faire respecter le droit au logement.

Nous défendons par ailleurs la mise en place d’une véritable sécurité sociale du logement qui permettrait que les accidents de la vie ne soient synonymes pour personne de la perte de son logement, à l’image de ce que notre pays a réussi à faire en matière de chômage ou de santé, dans des temps au moins aussi difficiles.

Dans le projet de loi Egalité et Citoyenneté, qui doit être présenté prochainement en conseil des ministres, un volet logement devrait comporter des mesures pour rétablir de l’égalité entre les personnes et les territoires. Nous avons pris connaissance des premières mesures et nous accueillons favorablement tous ce qui va vers plus de justice sociale, en particulier pour obliger les territoires réticents à construire des logements sociaux. En revanche, nous nous élèverons contre toute hausse des loyers que les habitants ne peuvent simplement pas supporter, contre tout mécanisme de mise en concurrence des habitants, remise en cause des droits des locataires ou coup porté au logement social. La meilleure façon par laquelle le logement social peut contribuer à réconcilier une société meurtrie et fracturée, c’est en réaffirmant et en restaurant sa vocation universelle, en accordant les moyens nécessaires à ce que personne ne reste à sa porte. Ainsi, nous vous invitons plutôt qu’à stigmatiser le logement HLM, à l’utiliser comme le véritable outil au service de la mixité sociale qu’il pourrait être. Nous proposons donc de relever les plafonds d’accès, de supprimer le surloyer et de conforter le droit au maintien dans les lieux pour les locataires. Par ailleurs, nous pensons profondément qu’il faut s’appuyer sur l’engagement associatif et la démocratie pour faire progresser la cohésion sociale. Dans le logement social comme ailleurs, il faut faire progresser la démocratie habitante et créer un véritable statut pour l’élu associatif qui reconnaisse la place vitale qu’il occupe dans notre société. Ainsi, le logement HLM pourrait devenir la vitrine d’une France solidaire, diverse et égalitaire.

L’ensemble de la Confédération Nationale du Logement et moi-même restons bien évidemment disponibles pour nourrir avec nos solutions ce projet de loi comme le reste de la politique du logement. Nous croyons l’état de la crise du logement suffisamment critique pour qu’une organisation de la société civile aussi implantée que la nôtre, soit écoutée et puisse faire profiter de son expérience.

Il me reste, monsieur le Président de la République, à réitérer mes vœux de paix pour l’année 2016,

Vous remerciant à l’avance de l’attention que vous porterez à ma demande, je vous prie de croire, en l’expression de ma haute considération.

Eddie Jacquemart,

Président national de la CNL

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